Arnaques au faux propriétaire sur Le Bon Coin
- Alban Bizieux
- 8 janv.
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 20 heures

Vous avez trouvé l’appartement idéal sur Le Bon Coin. Le loyer était raisonnable, les photos attrayantes, le propriétaire sympa et pressé. Il vous a demandé un acompte ou une caution pour « réserver » le logement avant la visite. Vous avez payé. Et puis plus rien — le téléphone coupe, l’annonce disparaît, le logement n’existe pas ou appartient à quelqu’un d’autre.
Cette arnaque touche des milliers de personnes chaque année en France, en particulier dans les grandes villes où la tension locative est forte. Elle n’est pas une fatalité : des recours existent, et certains permettent effectivement de récupérer tout ou partie des sommes versées.
Comment fonctionnent les arnaques au faux propriétaire sur Le Bon Coin ?
Le scénario est presque toujours le même, avec quelques variantes.
Le scénario classique
Une annonce attractive est publiée sur Le Bon Coin, souvent avec de belles photos (volées sur d’autres annonces ou sur des sites immobiliers) et un loyer légèrement en dessous du marché
Le “propriétaire” répond rapidement, montre un grand intérêt pour votre profil
Il invoque une raison pour ne pas faire visiter immédiatement : il est à l’étranger, en déplacement, le logement est occupé jusqu’à une date précise
Il propose d’envoyer les clés ou d’organiser une visite après un acompte ou une « caution de réservation »
Une fois le virement effectué, il devient injoignable
Les variantes plus sophistiquées
Le faux propriétaire vous envoie un faux contrat de location en bonne et due forme, avec une fausse adresse ou un vrai logement dont il a usurpé l’identité
Il organise une visite avec une personne complice qui « joue » le propriétaire
Le paiement est demandé par virement, PayPal, virement international ou parfois en cryptomonnaies
Quelle qualification pénale ?
Ces faits constituent une escroquerie au sens de l’article 313-1 du Code pénal, définie comme le fait d’obtenir la remise de fonds ou de valeurs par l’emploi de manoeuvres frauduleuses.
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La peine encourue est de 5 ans d’emprisonnement et 375 000 € d’amende. Si l’escroc a utilisé un faux document (faux contrat de bail, fausse attestation de propriété), la qualification de faux et usage de faux peut s’y ajouter.
Ce que vous devez faire dans les premières heures
⚠ Plus vous agissez vite, plus les chances de retracer le virement et d’identifier l’escroc sont élevées. Ne perdez pas de temps. |
1. Rassemblez et conservez toutes les preuves
Captures d’écran de l’annonce Le Bon Coin (URL, photos, description, date de publication)
Tous les échanges écrits : SMS, emails, messages WhatsApp ou Messenger
Le faux contrat de bail s’il vous en a envoyé un
Preuves de virement : référence de la transaction, IBAN destinataire, montant, date
Numéro de téléphone et adresse email utilisés par l’escroc
2. Contactez immédiatement votre banque
Si le virement vient d’être effectué, appelez en urgence votre banque pour tenter de le bloquer ou de le rappeler. Ce rappel de virement n’est possible que dans un très court délai après l’exécution — parfois quelques heures — mais il vaut la peine d’essayer.
3. Signalez l’annonce sur Le Bon Coin
Utilisez le bouton “Signaler cette annonce” pour la faire retirer et éviter que d’autres victimes tombent dans le même piège. Le Bon Coin conserve des données sur les annonceurs qui peuvent être transmises aux autorités sur réquisition judiciaire.
4. Portez plainte
Déposez plainte auprès du commissariat ou de la gendarmerie, ou directement auprès du Procureur de la République par courrier recommandé. La plainte avec constitution de partie civile, déposée auprès d’un juge d’instruction, est plus contraignante mais plus efficace pour forcer l’ouverture d’une enquête.
Peut-on récupérer les sommes versées ?
La réponse dépend de plusieurs facteurs, et il serait malhonête de promettre une récupération systématique. Voici réellement ce qui est possible.
Si l’escroc est identifié
Une condamnation pénale peut inclure des dommages et intérêts. La constitution de partie civile dans la procédure pénale vous permet d’obtenir réparation sans engager une procédure civile séparée. Si l’escroc est solvable, l’exécution de la condamnation permet un recouvrement effectif.
Si le virement a transité par une banque française ou européenne
Une réquisition judiciaire auprès de la banque destinataire peut permettre d’identifier le titulaire du compte et, si les fonds n’ont pas encore été retirés, de les faire geler. C’est pourquoi la rapidité d’action est déterminante.
Si l’escroc reste anonyme
C’est le scénario le plus difficile. Cependant, le dépôt de plainte reste utile : les escrocs récidivistes finissent souvent par être identifiés grâce à la multiplication des plaintes. Une plainte déposée aujourd’hui peut permettre d’obtenir réparation lorsque l’escroc est finalement arrêté.
Le rôle de Le Bon Coin dans cette arnaque
Le Bon Coin n’est pas l’auteur de l’arnaque, mais sa responsabilité peut être questionnée si des signalements répétés ont été ignorés ou si les mesures de vérification sont manifestement insuffisantes. Cette piste est toutefois complexe à mettre en oeuvre et n’est envisagée qu’en dernier recours, généralement pour des préjudices importants.
Comment ne pas se faire avoir : les signaux d’alerte
Loyer anormalement bas pour le secteur ou la taille du logement
Propriétaire indisponible pour une visite et pressant pour obtenir un paiement rapide
Demande d’acompte avant toute visite — aucun propriétaire sérieux ne demande à être payé avant la signature du bail
Photos trop parfaites — vérifiez via Google Images ou TinEye si elles n’ont pas été volées ailleurs
Pression et urgence — “d’autres candidats sont intéressés, il faut décider vite”
Demande de paiement par virement international, PayPal ou crypto — ces moyens de paiement sont quasi impossibles à retracer
Règle absolue : ne jamais verser d’argent avant d’avoir visité le logement et vérifié l’identité du propriétaire sur le titre de propriété ou via la demande d’un extrait de matrice cadastrale. |
Je peux vous accompagner dans vos démarches et défendre vos droits.
Contactez-moi par téléphone au 07.45.18.33.55 ou par mail à cabinet@bizieux-avocat.fr
Me Alban Bizieux

